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Claude Buraglio Lithographies peinture

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Projets Collectifs

Textes

CLAUDE BURAGLIO


Née à Paris
Vit et travaille à Fargues sur Ourbise, Lot et Garonne.

1981 Entrée à l?École Nationale de Cergy Pontoise, section communication / 1983 Obtention du diplôme de fin de premier cycle / 1984 initiation à la lithographie par Franck Bordas et Pierre de Cardaillac à la Fondation Royaumont / 1986 Entrée à l'École des Beaux-Arts de Paris, atelier de lithographie d?Abraham Hadad / Parution de photographies dans le 25e numéro du magazine ?Eighty? / 1991 Obtention du diplôme des Beaux-Arts de Paris / Commande à l?initiative de ?Badoit?, pour ?l?Art au menu N° 3? / 1995 1er Prix de peinture de la ville de Vitry sur Seine / Sélection d?estampes par la Bibliothèque Nationale de Paris / 1997 Acquisition par l?Artothèque de Nantes / 1998 Acquisition d'?uvres par le FNAC, Paris / 1999 / Obtention du 1er prix pour la réalisation d?une ?uvre monumentale au collège de Pian/s Garonne (?uvre non réalisée) / de 1999 à 2007 met sa production entre parenthèses et travaille essentiellement en collaboration avec son père, Pierre Buraglio, (lithographie, et ouvrages divers). Rencontre avec Franck Garcia et Jo Brouillon en juillet 2007; début d'une collaboration sur des supports communs sur le principe du cadavre exquis.

EXPOSITIONS PERSONNELLES


1992 Galerie Lambert Rouland, Paris/ 1993 Galerie Nicole Bellier, Paris / 1994 Galerie de Anne et Bernard Collet, Lyon / ?Le mois de la photo?, Agen/ 1995 ?Novembre à Vitry?, Vitry /s Seine / Obtention du 1er Prix de peinture de la ville de Vitry sur Seine / 1997 ?v?ux d?artistes", Paris / 1998 Centre d?art contemporain "Carré Saint-Vincent", Orléans / 1999 Galerie ?Ceci n?est pas une galerie?, Paris / ?Le Ring? artothèque, Nantes / 2008-2009 "Chez Chantal", Chantal Dazin (boutique Sonia Rykiel), Agen /

EXPOSITIONS COLLECTIVES


1988 Galerie des Beaux-Arts, Paris/1990 Galerie des Beaux-Arts, Paris / 1992 Scène nationale, Orléans, Carré Saint Vincent /1993 Prix Gras Savoye de la jeune création, École nationale supérieure des Beaux - Arts, Paris / ?Novembre à Vitry?, Vitry sur Seine / 1994 / 39 ème Salon de Montrouge /Galerie Julio Gonzalez, Arcueil / Salon de la Jeune Peinture, Paris / ?Les étoiles de la peinture?, hôtels Accord, Paris, Toulouse et Barcelone / "Novembre à Vitry",Vitry sur Seine / 1995 Salon de la Jeune peinture, Paris/ 1996 40e Salon de Montrouge / 1997 Galerie Véronique Smagghe avec Ernest-Pignon-Ernest et Serge Guillou /?Images pour vivre?, Espace Donguy, Paris / ?In situ?, Allemans-du-Dropt, Lot-et-Garonne / 1998/ Acquisition d'?uvres par le Fonds National d'art contemporain (FNAC) / 1999 ?Chemin de St Jacques? Musée Borda, Dax / 2000 ?L?art vous interpelle? Abbaye du Ronceray, Angers / 2001 Galerie H.D Nick, Obais 2002 "And the winner is?" Musée Géo-Charles, Échirolles / 2003 Galerie du "Haut pavé", Paris / 2005"Le nu dans l'art contemporain" Centre d'art contemporain, Mont-de -Marsan / 2007 "Rencontres", Galerie Frédéric Moisan, Paris / 2008 ?Carte-Blanche - traits noirs?, (travaux collectifs avec Franck Garcia et Jo Brouillon), Langon / 2009 54e Salon de Montrouge avec Franck Garcia et Jo Brouillon / Espace Julio Gonzalez, avec Franck Garcia et Jo Brouillon, Arcueil pour le 13e prix Antoine marin / "Quartet" avec Jo Brouillon et Franck Garcia sur une invitation de Pierre Buraglio, CACRF Mont de Marsan / 2010 5/5 chez Isisdore Krapo, 3Format A3" avec Franck Garcia et Jo Brouillon, Bordeaux / "Toréador", Nîmes /Vente publique Tolédano avec le collectif /2011 participation à Support-Papier Vitry /s Seine / "Le plus dur reste à faire" (avec le collectif), Centre culturel de Bergerac / "Toréador", Arles, Madrid

ÉDITIONS, CO-FABRICATION et COLLABORATION À...



1987 15 lithographies "Kouros" pour la maison de couture ? Yves St Laurent? / 1990 lithographies pour les parfums ?Chanel? / 1997 Lithographies, pour ?Novotel? F. Bordas imprimeur / 1999-2001 Lithographies pour Pierre Buraglio, C. Putman, éditeur / 2003 "Prélèvements" (co-fabrication) PB, J. Frémont, Musée Zadkine, éditeur / Lithographies "D'après... Saint Hervé et son loup", dessins PB, l'Art dans les Chapelles éditeur / 2004 EB/PB éditions C. Putman / 2005 D'après... Predelle 7 variations dessin de PB / J1 volume I et II éditions C. Putman / "Récitations... Bal-lue Bolivar" (collaboration et typo du titre) Bookstroming, éditeur / "Mémento" (collaboration) Franck Bordas, éditeur / Travioles N°12 illustrations de nouvelles de Marc Pessione 2007 Linogravures "Birdy" d'après dessins de PB, C. Putman éditeur / CD-ROM "Paysage mental" conférence pour la Villa Medicis / 2008 CD-ROM "Picasso et les maîtres" pour Grand Palais / 2009 "Raretés des sept collines" illustrations poème de Marc Pessione, Jean-Pierre Huguet, éditeur / Linogravures (dessins de PB) pour Chartres / MatchBox octobre 2009, éditions Cosyworks Sophie Meier / 2010 Salon du livre d'artiste, Carré d'art de Nîmes /

BIBLIOGRAPHIE


1992 Stéphane Doré, "Vanité d?image", in catalogue d?art contemporain, Mont-de-Marsan / 1994 Otto Hahn, " La dévotion à Sainte Rita ", in catalogue, Regard critique, Salon de la Jeune Peinture / 1996 Corinne Patherson, ?Les femmes dans/et la peinture", écrit autour du travail de Claude Buraglio, ?Les femmes peintres, de MaryCassatt à nos jours?, 1998 Pierre Wat " Tenir à distance", exposition Carré St Vincent Orléans, 1998 Marie Alloy, "Collectionneuse de trouble?, in revue "Verso" N° 12 1998 / 2002 Pierre Wat pour l?exposition ?Carte blanche à Pierre Wat?, la galerie ?Du haut pavé?, Paris / 2009 Texte de Yves Brochard pour le 54e Salon de Montrouge avec le collectif C. Buraglio, F. Garcia et J. Brouillon / Texte de Pierre Buraglio pour le collectif pour CARF Mont de Marsan /
galerie Hélène Trintignan, MONTPELLIER
invité par Pierre Buraglio
17 novembre - 17 décembre 2011
"...de l'atelier à ..."
21, RUE SAINT-GUILHEM
34000 MONTPELLIER
http://www.galerietrintignan.com/
"installer..."
Texte en pdf
.................................

"TOREADOR" à Madrid
salles Bienvenida et Antonete de la plaza de toros de Las Ventas, Madrid

vendredi 30 septembre 2011 lors de la Feria de Otoño

vernissage 30 septembre 2011 à 19 heures.

Scénographie, commissariat et montage :
Patrick Simeon
06 16 05 33 60
toreador-evocation@gmail.com

Plasticiens


Jo Brouillon
Artiste plasticien
www.jobrouillon.com

Franck Garcia
Artiste plasticien
www.comme-une-expo.net

Le collectif Franck, Jo et moi
Artistes plasticiens
www.buragliogarciabrouillon.com

Le blog du collectif
Artistes plasticiens
buraglio_garcia_brouillon :: le blog

Pascale Rémita
Artiste plasticienne
www.pascaleremita.fr

Gwen Rouvillois
Artiste plasticienne
www.paris-art.com

Pierre Buraglio
Artiste plasticien
www.pierreburaglio.com

Estelle Séré
Artiste plasticienne
www.id-stl.com

Éric Vitasse
Créateur et développeur de site Internet
www.vericreation.net
"Art_Culture_Média" le blog...
vericreation.blogspot.com

Carine Tarin
Artiste céramiste
www.carinetarin-ceramique.com

Les lézards zélés
Association

www.lezards-zeles.com/


Paella
Artiste plasticien
www.paellachimicos.com

Christophe Massé
Artiste plasticien, écrivain
Le blog...

Photographes_Vidéastes


Yann Rabanier
Photographies
www.yannrabanier.com

Martine Guillerm et Jean-Pierre Loubat
Photographe
M Guillerm et J-P Loubat
le blog de J-P Loubat


Laurent Mercier
Animations, clip vidéo
www.dailymotion.com/callicore75

Bernard Plossu
Photographe
www.documentsdartistes.org


Gérad Rondeau
Photographe
Gérard Rondeau

Éditeurs


Sophie Meier
Richard Meier
Éditeurs et plasticiens
Match Boox
Voixéditions

Franck Bordas
Éditeur, lithographe
Franck Bordas

Catherine Putman
Éditrice d'estampes (disparue le 12/01/09)
www.catherineputman.com

Éric Seydoux
Éditeur, sérigraphe
www.alafiac.com

Éditions Jean-Pierre Huguet
www.editionhuguet.com

Et plus...



Crammed Discs
Musiques
www.crammed discs

Photographe
http://todayspictures.slate.com/hometaga/

Pierrick Sorrin
Vidéaste
www.pierricksorin.com

Thanatorama une aventure dont vous êtes le héros mort... Réalisé par Julien Guintard, Ana Maria Jesus et Vincent Baillais
www.thanatorama.com

Tenir à distance - Pierre Wat


Au début, c'est brutal. Brutal comme la boxe. Brutal comme toutes images que Claude Buraglio puise dans des revues érotiques des années trente. Brutal comme seules peuvent l'être les images. Et puis on se rapproche, pour mieux voir, pour savoir quelle part de sexe se dissimule sous ce combat. Alors l'image se brouille, laissant apparaître une trame grossière, sous les reflets d'un Plexiglas. Pour voir, il faut reculer, se tenir à distance. C'est en faisant cela, en tenant à distance - comme on dit tenir en joue - que Claude Buraglio donne naissance à une ?uvre. Une ?uvre tendue entre violence et beauté. Une ?uvre dans laquelle l'artiste oppose à la brutalité des images une toute autre forme de brutalité : technique et salvatrice. Découper, isoler, changer d'échelle, lithographier, morceler en fragments mal accolés, maroufler, neutraliser sous Plexiglas. Autant de mauvais traitements nécessaires pour que l'image clandestine devienne image publique.
Quand la plupart des artistes se projettent dans leur oeuvre, Claude Buraglio semble tout faire pour s'en extraire, s'en sortir. «Peinture élégante», disait Georges Bataille à propos de Manet. Élégance, c'est-à-dire non pas joliesse, mais retrait du peintre hors de l'oeuvre, recherche de l'impersonnel, de ce point où l'artiste se neutralise afin que la peinture advienne.
«Je lessive l'image», dit Claude Buraglio, «pour sauver ma peau». Il y a, dans cette démarche, une forme de rédemption laïque : une transfiguration de la violence subie en beauté violente. Une beauté étrange, dérangeante : comme l'improbable mariage d'Édouard Manet et de James Ellroy.
Pierre Wat, 1998.

La seconde vie des images de Claude Buraglio - Marie Alloy


Les images photographiques qui nous entourent ne sont bien souvent qu'un piètre artifice pour rassurer notre vision, un miroir étrange, au bord du sensible. Elles nous toisent et se refusent, instaurant une relation ambiguë entre notre propre histoire et la sensation de fiction du visible. Le trouble commence quand le redoublement des apparences devient douteux, presque douloureux, et que le passé revient, tel un boomerang. Les "Olympias" et autres personnages de l'oeuvre de Claude Buraglio déclenchent cette suspicion, la dévoilent, pudiquement, sournoisement. En exhibant des images de femmes empruntées à des revues plus ou moins pornographiques des années trente, l'artiste se livre à une sorte d'exhumation, agrandissant la mémoire de ces êtres de chair et d'âme jusqu'à la trame. L'on reste en arrêt sur celles dont on ne saura jamais rien que cette réincarnation fragmentaire - ni tout à fait les mêmes, ni tout à fait une autre, s?urs anonymes, obsessionnellement présentes et absentes, suaires vivaces de nos fantasmes. Seul le transfert lithographique confère une matière tangible à ces d'icônes inaccessibles, où se mêlent violence et douceur, frustrations et désirs. La photo choisie, agrandie, recadrée, imprimée, marouflée par Claude Buraglio devient peau de papier, de plaisir, sortie de l'oubli pour rejoindre sa propre image, son identité équivoque et dérisoire. Portraitiste d'une mémoire collective imprégnée de tragédies intimes, Claude Buraglio méduse par la manière qu'elle a de s'effacer derrière ses ?uvres et de laisser agir, sans user d'aucun simulacre, la distance qui sépare la réalité charnelle de sa trace.

Marie Alloy. 1999. Paru dans la magazine "Verso".

Exposition Galeries d'art contemporain
Carré St Vincent / Scène nationale Orléans
"Entrevues III"

Claude Buraglio, collectionneuse de trouble - Marie Alloy -


« Ce sont toutes des Olympias »? nous dit Claude Buraglio, dont le travail s'articule à partir d'une fascination pour l'image de jeunes femmes offertes au regard comme les beautés graves et lascives de la peinture de Manet. Elles ont pris, ici, la pose de l'abandon nous dévoilant quelques fragments plus intimes de leur corps avec une pudeur surannée et un plaisir ambigu. On ne sait pas si l'artiste Claude Buraglio s'efface derrière ces images de femmes plus ou moins découvertes ou s'y projette comme en un miroir déplacé, sans doute ces deux mouvements à la fois, recul et proximité. L'anonymat apparent de la démarche, sa neutralité, ne sont impersonnels, à mon sens, que par l'absence d'identité de ces inconnues qui nous interpellent en sortant de leur clandestinité, en quittant leur passé pour se projeter sur l'écran de nos fantasmes. On se prend à les aimer, ces femmes comme par nostalgie; leur beauté, pourtant ici à demi effacée presque usée, rappelant le cinéma des années quarante. Claude Buraglio collectionne depuis une quinzaine d'années des photographies, images érotiques prélevées dans des revues type "Sexappeal" ou "Nous deux", courrier des lectrices des années trente où, il est émouvant d'apprendre que ce sont les jeunes filles elles-mêmes qui se sont prises en photo. Il y a, on le devine, une excitation à s'exhiber ainsi, un narcissisme, mais plus encore, pour nous spectateurs, un plaisir particulier à revivre ces images, entre photo et estampe, où le passé est réactualisé grâce à l'agrandissement jusqu'à l'échelle murale.
A quel spectacle nous convie donc Claude Buraglio ? Dans la série "Mendax", ensemble de quatre panneaux de cartes à jouer représentant des femmes nues dans des attitudes provocantes, l'artiste joue à peindre, cacher - montrer juste ce qu'il faut de fesses, seins et sexe par des rehauts rose fluo et noir. Le regard entre dans une jouissance, ou une gêne?, à fouiller, découvrir, se sentir voyeur parmi les multiples propositions. Pourtant, comme dans tous les dispositifs de Claude Buraglio, l'attente est déçue car il s'agit moins de sexe que d'image d'où une sorte de souffrance (heureusement ironisé grâce aux titres) qui s'installe peu à peu par les procédés de distanciation, de neutralisation mis en ?uvre. La machine visuelle expose ses artifices, c?est la vision de l'artiste, tout dans ce refus d'une subjectivité affichée, d'une gestualité ou d'indices personnels. Seule ici la vision fait sens grâce à la technique lithographique, à une technique de report (photocopie) et d'agrandissement, de morcellement des tirages (traces de numérotation lisibles pour le repérages) mal ajustés lors du marouflage sur toile. Dérangement aussi à perdre de vue le sujet, visage, corps, ou baiser perdu dans la trame grossière de l'impression, dans les réserves blanches ou l'aplat noir qui occulte les régions désirables ou intrigantes. C'est là qu'intervient réellement le travail de Claude Buraglio par les moyens graphiques de l'affiche et la banalité de la qualité de l'impression sur des supports papier, modestes, elle nous fait entrer dans la matérialité de l'image, elle déconstruit l'illusion, fait glisser un peu de mort derrière les apparences. "Fais moi mal mais pas trop peur", phrase troublante pour les imaginations fertiles!, "le baiser du torero mort", "Boxe 0" et, bien cachée dans une marge blanche autour d'une lithographie légèrement crayonnée sur sa frange, cette phrase: "Mais n'y a t - il pas moyen de voir le dessous du jeu ? "Claude Buraglio nous le dévoile petit à petit ce dessous : la fascination pour l'image vient de sa dimension sexuelle et mortifère. Elle joue avec un miroir qui met dos-à-dos le masculin et le féminin, la violence et le désir, l'acceptation et le refus, les interroge dans des diptyques qui sont des sortes de pièges "à la mémoire de", avec paillettes dérisoires, vinyle noir, écrans de plexi.
Claude Buraglio ne se contente pas de "lessiver" l'image de la vider de son contenu d'origine, elle lui donne une nouvelle présence par les projections mentales qu'elle permet puisque nous ne sommes plus tout à fait ni dans la photo ni dans la peinture mais dans l'entre-deux, lieu mental d'un magnifique désastre qui affleure de toile entoile, en se jouant de nos sens par exemple dans : "S'il plaie à Sainte Rita " le visage semble écrasé, supplicié, mais nous n'en saurons pas plus- aucune anecdote. Dans "elle prie Sainte Rita", lithographie en 24 parties, une femme nous tourne le dos, en tenue légère, elle exhibe ses fesses rebondies, il se dégage de cette ?uvre un climat à la fois étonnant et angoissant (quoique dédramatisé par le titre) et paradoxalement une beauté; et s'il s'agissait d'une véritable prière? Qu'en penser? Qu'advient-il du corps féminin piégé par l'image, de l'individualité, sa situation tragique et comique? A chacun de répondre. Le mystère demeure, entier, troublant. C'est ce silence qui fait la grande qualité du travail de Claude Buraglio, cette mise en retrait du sens et de soi.
Marie Alloy, Juin1998.

Carte blanche du Haut Pavé - Pierre Wat


L?un peint, l?autre trafique des images. L?un, Xavier Drong, fait surgir sur ses toiles des formes d?un genre qu?il est d?usage de nommer abstrait. L?autre, Claude Buraglio, se coltine la question de la représentation. Rien à voir ? Pas sûr.
Donc Claude Buraglio fabrique des images avec d?autres images. Images empruntées, qu?elle puise dans des revues érotiques ou populaires des années 30. Images suggérées, également : car, loin de se contenter d?une simple reprise, d?un pur jeu de délocalisation, l?artiste découpe, recadre, lithographie, change d?échelle, morcelle? ces opérations étant autant de façons de faire rentrer ces images-là dans le champ de l?art. Non seulement parce que ces gestes sont ceux du peintre, mais aussi parce que, travaillant ainsi, elle fait soudain surgir l?odalisque sous la prostituée, le torero mort derrière le boxeur k.o.
Xavier Drong peint des formes abstraites, mais d?une abstraction éminemment charnelle. Rien d?expressionniste, ici, pas de gestes violents disant le passage du corps devant la toile, mais des formes qui, sans avoir besoin de passer par des jeux de références extra-picturales, disent, de façon autrement plus forte, ce que fait notre corps, et ce dont il est fait. Des formes qui, selon les mots de l?artiste, « se poussent, se pénètrent, s?écrasent, se mordent ». Des questions de peinture, donc, c?est-à-dire de contrastes, de forces et de composition. Mais aussi des questions de désir, de sexualité, d?engendrement.
Claude Buraglio part d?images violentes ou obscènes pour mieux conjurer, par son travail d?artiste, le corps meurtri en corps sublimé. Xavier Drong peint des formes abstraites qui sont autant de rappels à l?ordre physique de la peinture. L?une, comme l?autre, nous rappellent, par la force impure de leurs oeuvres, cette évidence que nous font parfois oublier certaines théories plus éthérées : il n?y a pas d?art sans corps.

Pierre Wat, 2003

Regard critique de Otto Hahn


Patronne des cas impossibles et des situations désespérées, sainte Rita passionne actuellement les artistes. Et parmi ceux - ci, Claude Buraglio.
Le nom de Rita vient sans doute de Margarita, mot qui désigne aussi bien une fleur qu?un ornement précieux, la perle. La Bible en parle déjà : « Ne donnez pas aux chiens les mystères sacrés, ne jetez pas les marguerites aux animaux impurs». C?est devenu un proverbe : «donner des perles à un cochon».
La marguerite doit plaire à Claude Buraglio. En observant cette fleur symbole, que voit - on ? Un c?ur d?or, entouré d?une couronne de pétales d?un blanc lilial. Cette couronne immaculée figure la grande pureté de vie des trois états de la femme : La vierge, l?épouse,la veuve. Tige pure et droite s?élevant vers le ciel, sainte Rita donne aux épouses martyrisées un éclatant exemple de patience héroïque.
L?aspect kitsch de l?édifiante sainte se prête particulièrement bien à l?illustration. Claude Buraglio séduite ,consciemment ou inconsciemment par le post human ,s?amuse des archétypes féminins et en donne une version lisse ,mélange d?abandon et de désir . Une intimité curieuse se lit dans les ?uvres, une intimité faite d?yeux ouverts ou clos, de baisers donnés et de cigarettes allumées.
Les scènes muettes, suspendues dans le temps, diffusent une ambiance qui se place entre le clair et le trouble ,entre l?érotisme et la sainteté.

Otto Hahn.
In regard critique. 1995. Otto Hahn était auteur et critique d?art, et collaborait à l?express.

Vanité d?image - Stéphane Doré


Grandes lithographies, formées de lithographies mal aboutées, vous qui donnez des images choc, dévitalisées, qu?avez vous à narrer !
Rien ! si ce n?est une scène d?un torero et d?une femme qui se font face . Le torero arbore fièrement son costume, se campe dignement, mais se trahit trivialement, la «cigarette au bec». La femme adopte une pose ambiguë qui évoque celle d'une prostituée attendant son client. Mais la banalité de sa tenue nous retient de la cataloguer comme telle.
Nous ne saurons rien de ce qu?ils peuvent se dire, et rien ne nous l?indiquera . Mais tout nous invite à imaginer un dialogue, et à l?écrire sur l?image comme une bande dessinée, car nous ressentons confusément que cette image n?est pas sans passé.
De fait, Claude Buraglio emprunte ses images à des romans - photos des années trente . Elle construit donc une image, à partir d?une autre déjà fabriquée, en retire le texte qui en justifiait la mise en scène, la fragmente et en modifie la taille.

L?image finale est le résultat de deux opérations, l?une qui dévitalise le contenu de l?image originelle, l?autre qui la dénature. Libérée de se liens avec celle d?origine, elle est comme en suspension ; suffisamment présente, grâce au procédé du collage qui en renforce l?unité, et à son agrandissement qui lui octroie un pouvoir d?attraction visuel important, pour sidérer le regardeur; Suffisamment inconsistante pour porter en elle le fantôme de l?image d?origine, un quelque chose d?évanescent, qui tout en nous disant que bientôt nous en perdrons la trace, nous la rappelle.
Cette grande lithographie est suspendue dans son contenu, comme si l?on pouvait croire qu?elle l?avait perdu, tout en ayant le sentiment qu?il est toujours prêt à se reformer. Exactement comme le spectateur des Vanités des siècles précédents, «suspendu dans ses activités quotidiennes, se voyait incité malgré lui à considérer la fin de son existence, à anticiper la mort et à faire resurgir le fantôme de son histoire passée ». (1)
Image, vanité d?image qui nous démontre combien chacune d?elles réintègre le flot continu d?images de tous temps qui nous assaille. Comme si désormais ce n?est que par elles qu?il nous serait possible de reprendre pied sur une réalité, consacrant définitivement notre obligatoire médiation.
À cet égard la passion de Claude Buraglio pour récolter des centaines d?images d?un temps qui peut nourrir sa mélancolie du nôtre, est exemplaire . Ce refus de se laisser bercer par les ronronnements continu des une se succédant aux autres, ce refus de croire à leurs contenus dérisoires est une attitude que l?on pourrait rapprocher de celle de Manet, qui s?insurgeait contre les poses outrancières des modèles, contre une société bourgeoise qui maintenait artificiellement un sublime, des conventions, des « formes vides ». (2)
Image, vanité d?image, car elle sidère le spectateur. Imaginez que vous regardiez un film, et que tout à coup il se bloque, ce n?est pas tant le contenu de l?image qui vous retient, que l?arrêt du mouvement. Ici ce n?est pas le contenu l?image qui vous retient, mais sa suspension, son pouvoir de « racolage visuel », exactement comme une affiche publicitaire vous arrête parce qu?elle focalise votre regard sur un pôle d?attraction, souvent symbolique, comme une belle fille sur le capot d?une voiture.
Et c?est dans ce sens que Claude Buraglio annexe les tableaux de Manet dans certaines de ses lithographies, comme symbole de cette capacité à nous sidérer. Nous pouvons même risquer un parallèle entre les moyens qu?ils utilisent, bien qu?ils diffèrent.
Manet isole ses figures, pour obliger le spectateur à rétablir l?unité du tableau. C. Buraglio utilise le collage pour conserver à l?image finale son unité. Il tend toujours à ramener ses figures au
plan, elle utilise la lithographie qui lui assure cet effet «d?affiche» . Il n?utilise que le thème du tableau qu?il emprunte. Elle n?utilise que l?image graphique du tableau.
Bataille a si bien dit, qu?avec Manet c?est la fin du sujet comme prétexte à la peinture, c?est évider le tableau de son sujet ; pour Claude Buraglio c?est en quelque sorte un évidement de l?image d?origine . Lorsqu?elle emprunte l?image du torero mort ou celle de l?Olympia à Manet, elle n?a de cesse de l?évider. Elle l?isole de son fond soit en la situant dans un cercle comme le torero, soit la traitant uniquement graphiquement comme pour l?Olympia. Puis elle dénature, en adjoignant au torero une rangée de taureaux ; en ajoutant deux cadres autour de l?Olympia, l?un avec un Tarzan occupé à tout autre chose qu?à penser à elle, l?autre avec une banane pelée.
Ce troupeau de taureaux enlève tout au drame du torero mort ; ce Tarzan indifférent, cette banane dérisoirement vulgaire retire à l?Olympia sa portée « d?horreur sacrée ».
Image, image vanité, qui prostitue son contenu non pas pour le railler ou s?en servir,mais pour en dénoncer la misère.

Stéphane Doré, 1992.

(1)Catalogue exposition les Vanités dans la peinture au XVIIe siècle
Musée des Beaux - arts de Caen .1990. «La destiné du miroir» Marie Claude Lambotte. P 31.
in Manet de Bataille, Skira, 1955 . P 60